Berlaymont Commission europeenne

L’UE adopte sa premiere strategie anti-pauvrete : la vice-presidente Roxana Minzatu vise l’eradication d’ici 2050 avec au moins 100 milliards d’euros au prochain budget pluriannuel, mais Caritas Europa denonce ‘l’absence d’instruments contraignants’ face a 93 millions d’Europeens en risque

La Commission européenne a formellement adopté le 6 mai 2026 sa toute première Stratégie européenne contre la pauvreté, un ambitieux plan d'action visant l'é...

La Commission européenne a formellement adopté le 6 mai 2026 sa toute première Stratégie européenne contre la pauvreté, un ambitieux plan d’action visant l’éradication de ce fléau d’ici 2050. Dotée d’au moins 100 milliards d’euros pour le cadre financier pluriannuel 2028-2034, cette initiative sans précédent entend combattre une réalité alarmante : 93,3 millions de citoyens européens, soit 21 % de la population, vivent sous le seuil de pauvreté ou risquent l’exclusion sociale. Parmi eux, 20 millions d’enfants. Cependant, les organisations non gouvernementales, dont Caritas Europa, pointent du doigt l’absence d’instruments contraignants pour transformer cette ambition en résultats tangibles.

Un paquet anti-pauvreté en quatre piliers ambitieux

Le dispositif adopté par l’exécutif européen repose sur quatre composantes majeures. D’abord, la Stratégie anti-pauvreté elle-même, non-législative, qui fixe l’horizon 2050 comme terminus de cette lutte séculaire. Ensuite, une Recommandation du Conseil dédiée au logement, intégrant des systèmes d’alerte précoce et d’accompagnement des personnes endettées. Puis, une Communication destinée à briser le cycle de transmission de la pauvreté entre générations, avec un projet pilote de « carte garantie enfance » permettant aux gouvernements de suivre les enfants en situation de précarité et de leur proposer des services gratuits. Enfin, une Communication renforçant la stratégie pour les droits des personnes handicapées jusqu’en 2030, incluant la numérisation complète de la Carte européenne du handicap et de la Carte de stationnement européenne, concernant quelque 90 millions d’Européens.

Roxana Minzatu, vice-présidente exécutive de la Commission en charge des Personnes, Compétences et Préparation, a rappelé lors de la conférence de presse au Berlaymont que « la question n’est pas si nous pouvons nous permettre d’agir, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas agir ». Une formule qui synthétise l’urgence perçue par Bruxelles face à des chiffres qui ne mentent pas : environ un million de personnes sans abri dans l’Union, et un enfant européen sur quatre vivant en risque de pauvreté.

Les moyens financiers : ambitieux mais insuffisants selon les ONG

Sur le plan budgétaire, le paquet affiche des montants substantiels. La Commission propose au minimum 100 milliards d’euros consacrés aux politiques sociales, dont la lutte contre la pauvreté, dans le prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034. Cette enveloppe représente environ 14 % des 865 milliards d’euros prévus pour les nouveaux plans nationaux et régionaux de partenariat. À cela s’ajoutent 50,2 milliards d’euros provenant du Fonds social européen Plus (FSE+) déjà engagés pour l’inclusion sociale, et 22 milliards d’euros d’investissements sociaux programmés par la Banque européenne d’investissement sur 2026-2027.

Malgré ces chiffres, le secteur associatif exprime des réserves substantielles. Caritas Europa, dans un communiqué officiel, déclare : « Nous accueillons favorablement le paquet, mais l’absence de propositions législatives concrètes risque de laisser les objectifs les plus ambitieux de la stratégie sans les outils nécessaires pour les atteindre ». Le Réseau européen anti-pauvreté (EAPN) renchérit en regrettant l’absence de mesures contraignantes destinées à protéger les citoyens « mobiles » — ceux qui travaillent dans un pays mais résident dans un autre — exclus de facto de la protection sociale dans les deux États.

La France et la Côte d’Azur en première ligne

Pour la France, deuxième économie de la zone euro, cet agenda bruxellois s’impose comme une priorité. Avec 9,1 millions de Français sous le seuil de pauvreté, Paris devra intégrer les cibles de la stratégie européenne dans ses Programmes nationaux de réforme dans le cadre du Semestre européen, les premières remontées étant attendues en 2027.

Au niveau régional, la Provence-Alpes-Côte d’Azur concentre des enjeux structurels majeurs. Marseille et Toulon affichent des taux de pauvreté dépassant 25 % dans certains arrondissements, tandis que la Côte d’Azur accueille simultanément une concentration de richesse exceptionnelle. Les fonds européens découlant de cette nouvelle stratégie cibleront prioritairement ces zones urbaines défavorisées et la lutte contre le sans-abrisme — des axes déjà activés dans le Programme opérationnel FEDER-FSE+ Provence-Alpes-Côte d’Azur 2021-2027, qui bénéficiera de la prolongation du cadre financier jusqu’en 2034.

Entre ambition et réalisme

L’adoption de cette première stratégie anti-pauvreté témoigne d’une volonté politique européenne indéniable. Toutefois, le fossé entre les objectifs déclarés et les instruments de contrainte reste source de questionnement pour les acteurs de terrain. Les prochains mois montreront si cette stratégie parviendra à convertir l’intention en transformation mesurable des conditions de vie de millions d’Européens en précarité.