Accord commercial UE-États-Unis : vote final au Parlement européen le 16 juin

**Le Parlement européen se prononcera le 16 juin à Strasbourg sur l’accord Turnberry, signé l’été dernier entre l’UE et les États-Unis. Ce traité commercial, qui divise encore au sein des instances européennes, pourrait transformer les conditions d’exportation pour les entreprises azuréennes des secteurs de la parfumerie, du nautisme et de l’aéronautique, à condition que Washington respecte ses engagements.**

Après l’approbation par les 27 États membres le 28 mai dernier, c’est au tour du Parlement européen de trancher. L’accord commercial négocié entre Ursula von der Leyen et Donald Trump à Turnberry, en Écosse, lors de l’été 2025, franchira mardi sa dernière étape législative à Strasbourg. Le comité du Commerce international (INTA) a déjà donné son feu vert le 2 juin avec 31 voix pour, 6 contre et 3 abstentions, laissant présager une adoption en séance plénière. Mais le calendrier reste sous pression : Trump a menacé d’imposer 25% de droits de douane sur les automobiles européennes si l’accord n’est pas ratifié avant le 4 juillet 2026, date symbolique de la fête nationale américaine.

Le contenu du traité reflète un compromis asymétrique qui suscite des réserves. L’Union européenne s’engage à éliminer totalement les droits de douane sur les biens industriels américains entrant sur son territoire, tandis que Washington plafonne ses tarifs douaniers sur les produits européens à 15%. Cette disparité a alimenté les critiques au sein du Parlement, notamment parmi les députés sociaux-démocrates et écologistes. Pour encadrer ce déséquilibre, plusieurs garde-fous ont été intégrés : une clause « lever de soleil » conditionne l’entrée en vigueur effective des tarifs au respect par les États-Unis de leurs engagements, tandis qu’une clause « coucher de soleil » fixe l’expiration de l’accord à fin 2029 sans renouvellement automatique.

Les mécanismes de suspension constituent la principale innovation institutionnelle de cet accord. Le Parlement européen ou n’importe quel État membre pourra demander la suspension du traité si les États-Unis ne lèvent pas leurs droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens avant la fin 2026. Cette épée de Damoclès vise à contraindre l’administration Trump à honorer ses promesses commerciales, secteur particulièrement sensible pour la sidérurgie européenne. Les négociateurs européens ont ainsi cherché à préserver une capacité de riposte rapide face aux revirements potentiels de Washington.

Pour les exportateurs de la Côte d’Azur, les enjeux varient considérablement selon les filières. La parfumerie grassoise, qui expédie pour plusieurs centaines de millions d’euros de fragrances et composants aromatiques outre-Atlantique chaque année, pourrait bénéficier d’une stabilisation des conditions d’accès au marché américain. Les vignerons de Provence, déjà confrontés à la concurrence californienne sur le segment des rosés, espèrent que le plafonnement à 15% facilitera leur développement commercial. Le secteur du nautisme, bien implanté dans les ports de Cannes et Antibes, surveille attentivement l’évolution des tarifs sur les équipements et accessoires maritimes.

L’aéronautique représente toutefois l’enjeu le plus stratégique pour le territoire. Le site Dassault Aviation de Biot, spécialisé dans les composants de haute technologie pour les jets d’affaires, exporte une part significative de sa production vers le marché nord-américain. La réduction des barrières douanières pourrait renforcer la compétitivité de cette industrie face aux fabricants américains. La céramique d’art de Vallauris, secteur de niche mais emblématique, table également sur une meilleure visibilité tarifaire pour développer sa clientèle américaine haut de gamme. Le vote du 16 juin constituera donc un tournant pour l’économie régionale, à condition que les promesses commerciales résistent aux turbulences diplomatiques.