Trump menace de ‘gros tarifs’ contre le Royaume-Uni au sujet de la taxe numerique, France et UE en alerte : la fracture transatlantique s’amplifie depuis le declenchement de la guerre Iran-Israel et menace l’accord commercial UE-USA

Trump resserre l'étau commercial : le Royaume-Uni en première ligne, la France et l'UE en alerte Donald Trump a durci considérablement le ton envers le Royau...

Trump resserre l’étau commercial : le Royaume-Uni en première ligne, la France et l’UE en alerte

Donald Trump a durci considérablement le ton envers le Royaume-Uni ce week-end en menaçant d’imposer des « gros tarifs » contre Londres, ciblant directement la taxe numérique britannique. Cette nouvelle offensive tarifaire ne relève pas d’une simple joute rhétorique : elle constitue un test de force majeur qui pourrait redéfinir les équilibres commerciaux transatlantiques. Pour la France et l’Union européenne, qui disposent de leurs propres prélèvements sur les géants numériques, le signal est cinglant. À sept mois à peine de la signature d’un accord technologique censé être « révolutionnaire » entre Washington et Londres, la fracture transatlantique s’amplifie sous le poids des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des divergences stratégiques fondamentales.

La taxe numérique britannique : première ligne de front d’une guerre commerciale

La Digital Services Tax (DST) britannique, fixée à 2 % sur les revenus générés au Royaume-Uni par les grandes entreprises technologiques américaines, cristallise la colère du président Trump. Ce prélèvement rapporte environ 700 millions de livres annuellement au Trésor britannique et cible directement les géants du secteur : Google, Meta, Amazon et Apple.

« They think they’re going to make an easy buck. That’s where they’ve taken advantage of our country. We’ve been looking at it, and we can meet that very easily by just putting a big tariff on the UK », a déclaré Donald Trump, président américain, promettant une réaction proportionnée et pénalisante.

Or, le contexte politique rend cette menace d’autant plus inquiétante. Le 18 septembre 2025, Donald Trump et le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer avaient signé à Chequers un accord technologique de plusieurs milliards de dollars, présenté par Downing Street comme une percée majeure. Depuis, Trump remet en cause non seulement cet accord, mais l’intégralité de l’accord commercial USA-Royaume-Uni conclu en 2025. « Well, it’s been better, but it’s sad. And we gave them a good trade deal, better than I had to, which can always be changed », a-t-il déclaré, signifiant que l’ensemble du cadre commercial demeure renégociable à ses yeux.

L’ombre de la crise iranienne : le véritable point de friction

La source profonde de cette tension réside ailleurs. Lorsque les frappes aériennes coordonnées entre Israël et les États-Unis contre l’Iran ont débuté le 28 février 2026, le Royaume-Uni avait refusé l’accès à ses bases militaires critiques — Diego Garcia et RAF Lakenheath — pour la première phase de l’opération. Donald Trump n’a cessé depuis de revenir sur cette décision, l’accusant d’avoir coûté aux forces américaines un « temps précieux » stratégique.

Cette divergence sur la politique moyen-orientale alimente manifestement la rancœur de l’administration Trump envers Londres, comme l’ont confirmé ses commentaires lors d’une interview à Sky News. Le président américain a étendu ses critiques au-delà des questions militaires, attaquant directement les politiques domestiques britanniques : « I think I like Starmer, but I think that he’s made a tragic mistake in closing the North Sea oil. You see your energy prices are the highest in the world and I think he’s made a tragic mistake on immigration. Your country is being invaded. »

La France et l’Europe : suivre avec vigilance le précédent britannique

La vulnérabilité britannique face aux chocs énergétiques joue un rôle amplificateur. Selon la Resolution Foundation, le gaz représente 62 % de la consommation énergétique finale des ménages au Royaume-Uni — le taux le plus élevé du G7 —, ce qui rend le pays extraordinairement exposé aux pressions commerciales liées à l’énergie.

Pour la France, l’enjeu est existentiel. Elle dispose de sa propre taxe numérique — la taxe GAFA — à 3 % sur les revenus français des géants numériques, qui génère environ 800 millions d’euros annuels. Le Quai d’Orsay et la Commission européenne scrutent avec une attention extrême l’évolution du dossier britannique comme un test d’intention de la part de l’administration Trump. Si le président américain obtient le retrait de la DST britannique sous menace tarifaire, Paris deviendrait immanquablement la prochaine cible, suivie d’une remise en cause plus large de l’accord-cadre commercial UE-USA et des exportations agroalimentaires françaises (vin, fromage, spiritueux).

L’inflation hors énergie de la zone euro a progressé à 2,4 % en février 2026, rappelant que les chocs commerciaux américains transmettent rapidement leurs effets à travers l’économie européenne. La France, mieux protégée par son parc nucléaire que le Royaume-Uni, subit néanmoins l’impact par contagion européenne.

Le sommet du G7 en juin : rendez-vous de vérité

La prochaine écheance majeure demeure le sommet G7 des finances en mi-juin, où la ministre française des Finances Amélie de Montchalin et la chancelière britannique Rachel Reeves feront directement face aux pressions de l’administration américaine. Ces deux responsables gouvernementales doivent coordonner une réponse européenne cohérente face à la stratégie tarifaire de Trump.

Pour les entreprises technologiques installées sur la Côte d’Azur et dans la région PACA — dont certaines exportent vers les marchés anglo-saxons ou subissent une concurrence accrue des géants numériques américains — cet affrontement commercial déterminera l’environnement réglementaire et fiscal pour les années à venir. Une escalade tarifaire transatlantique pénaliserait les chaînes d’approvisionnement régionales et compliquerait la stratégie d’internationalisation des PME méditerranéennes.