Monaco et liste grise GAFI : la sortie conditionnée à une visite en septembre 2026

Le GAFI reconnaît que Monaco a largement achevé son plan d'action. La sortie de liste grise reste suspendue à une visite sur place en septembre et à la plénière d'octobre.

La Principauté de Monaco franchit une étape décisive dans son processus de réhabilitation financière internationale, sans pour autant en franchir la dernière. Réuni à Paris du 15 au 19 juin 2026, le Groupe d’action financière (GAFI) a adopté le quatrième rapport de progrès présenté par Monaco et considère, à titre préliminaire, que la Principauté a largement achevé la mise en oeuvre de l’ensemble de son plan d’action établi en juin 2024. La sortie effective de la liste grise n’est toutefois pas encore actée.

Placée sous surveillance renforcée en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme depuis le 28 juin 2024, Monaco reste inscrite sur la liste grise du GAFI. Par effet de miroir automatique, la Principauté figure également sur la liste des Etats à haut risque de l’Union européenne depuis le 10 juin 2025. Ces deux inscriptions génèrent des frictions concrètes sur les flux financiers internationaux, les relations de correspondance bancaire et, plus largement, sur la perception de la place monégasque par les investisseurs étrangers.

Le calendrier désormais connu est précis. Une visite d’experts du GAFI est programmée à Monaco en septembre 2026. L’objectif est de vérifier que les réformes engagées sont effectivement intégrées dans le fonctionnement quotidien des institutions, en particulier la direction des affaires judiciaires, et qu’elles présentent un caractère durable. Ce type de mission sur place constitue un passage classique du processus avant toute éventuelle sortie de liste. Si les conclusions s’avèrent satisfaisantes, la plénière d’octobre 2026 pourrait acter la réhabilitation de Monaco. Aucune garantie ne s’attache cependant à cette échéance : la sortie de liste n’est pas mécanique.

Les chiffres témoignent d’une transformation profonde des dispositifs monégasques. La conformité technique atteint 39 critères satisfaits sur 40, selon Frédéric Chartier, président du comité de coordination, qui s’exprimait fin mai. Les effectifs dédiés à la supervision sont passés de 20 à environ 80 agents en quatre ans. Les déclarations de soupçon ont progressé de 10 % entre 2023 et 2025, les demandes de renseignements internationaux de 20 %, et les rapports transmis au parquet ont bondi de 60 % depuis 2020. La création de l’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), en tant qu’autorité de supervision indépendante, constitue l’une des réformes structurelles majeures du plan d’action. Le GAFI n’a prononcé aucune sanction à l’encontre de Monaco, et aucune mesure punitive n’est associée au maintien en liste grise.

Le gouvernement monégasque salue la décision du GAFI comme une reconnaissance des « efforts accomplis sous l’impulsion du prince Albert II et des autorités judiciaires ». Le ton est mesuré, conscient que la dernière étape reste à valider sur le terrain.

Dans les milieux professionnels, l’heure est à la vigilance stratégique autant qu’à la satisfaction. Robert Laure, président de l’Association monégasque des activités financières (AMAF), qui regroupe une centaine d’entités agréées à adhésion obligatoire, le formulait clairement le 18 juin lors des Cercles du média financier l’Agefi : l’enjeu n’est pas seulement de sortir de la liste grise, mais de « ne jamais y retourner ». Préparer dès maintenant la prochaine évaluation du GAFI et ancrer les standards dans la durée constituent la priorité affichée de la profession.

Pour les acteurs économiques de la Côte d’Azur, l’enjeu est loin d’être théorique. De nombreux family offices, gestionnaires de patrimoine indépendants et entreprises azuréennes opèrent avec Monaco ou via des structures monégasques. La liste grise impose des due diligences renforcées, allonge les délais de traitement et complique certaines correspondances bancaires transfrontalières. La sortie de liste lèverait ces frictions et renforcerait l’attractivité globale de la Riviera financière dans son ensemble.

Paradoxe notable : malgré deux ans de liste grise, la place financière de Monaco a continué d’enregistrer des records d’encours en 2024, démontrant une résilience de fond. La sortie effective du GAFI ne relancerait donc pas une mécanique à l’arrêt, mais consoliderait une dynamique déjà engagée, en supprimant les derniers obstacles structurels qui pèsent sur les flux et sur la réputation internationale de la Principauté. Le verdict, lui, attend septembre.