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Sébastien Lecornu opère un tournant marqué dans la fiscalité des grandes entreprises avec le budget 2026 : la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des sociétés dont le chiffre d’affaires dépasse 3 milliards d’euros sera réduite de moitié, passant de 41,2 % à 30 %. Cette décision, présentée jeudi par le nouveau Premier ministre, traduit une volonté d’équilibre entre rigueur budgétaire et ménagement des géants du CAC 40, dans un contexte de déficit public à réduire de 41 milliards d’euros. Cependant, cet allègement des charges patronales s’accompagne d’une mesure controversée : le retour de l’abaissement des seuils de franchise TVA pour les micro-entrepreneurs, provoquant des réactions vives dans les régions où les petits entrepreneurs constituent le socle économique.
Une surtaxe des grandes entreprises réduite de moitié : le choix de la modération fiscale
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, adoptée en 2025, sera reconduite en 2026 mais sensiblement allégée. Le taux de surtaxe passera de 41,2 % à 30 % pour les groupes dépassant 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ce redimensionnement représente un assouplissement significatif par rapport au cap initial envisagé par François Bayrou, qui avait mis sur la table une suppression complète de cette imposition. Sébastien Lecornu a privilégié une approche médiane : préserver une ressource fiscale tout en soulageant les grands acteurs économiques français. Le Mouvement des entreprises de France (Medef) a salué cet allègement, reconnaissant une mesure favorable à la compétitivité des groupes français face à la concurrence internationale.
Le retour controversé du seuil TVA pour les micro-entrepreneurs
Contre toute attente, le gouvernement réintroduit une mesure qui avait déclenché une mobilisation en début 2025 : l’abaissement du seuil de franchise de TVA pour les petits entrepreneurs. Le texte prévoit de réduire les seuils d’exonération à 25 000 euros pour les activités liées au bâtiment et 37 500 euros pour les autres prestations de services et de commerce. Cette disposition avait été abrogée à l’Assemblée nationale sous la pression des collectifs de micro-entrepreneurs, mais elle fait son retour dans le projet de budget 2026. La Confédération des PME dénonce d’ores et déjà << un racket >> contre cette catégorie et anticipe << une vague de cessations d'activité si le seuil est abaissé >>. Les artisans français font bloc contre cette mesure, craignant un impact dévastateur sur leurs structures fragiles.
Budget 2026 : continuité de l’austérité et gel des dépenses
Le projet de budget 2026 présenté par Sébastien Lecornu maintient l’essentiel du cap austéritaire défini par son prédécesseur. Le texte prévoit 41 milliards d’euros d’économies budgétaires et reconduira le principe de << l'année blanche >>, correspondant à un gel des dépenses publiques en 2026, hors armées et intérêts de la dette. L’objectif affiché demeure ambitieux : ramener le déficit à 4,6 % du PIB en 2026, puis progressivement à 3 % en 2029. Ce cadrage budgétaire s’inscrit dans une logique macroéconomique de restauration des finances publiques, malgré les critiques des économistes. Selon l’OFCE, environ 90 % des retraités seraient perdants avec le plan global. Le nouveau Premier ministre a cependant préservé les jours fériés actuels — le lundi de Pâques et le 8 mai restent fériés en 2026 — démontrant son souci d’éviter les mesures trop explosives socialement.
Fiscalité des hauts revenus : un gage au Parti socialiste, rejet de la taxe Zucman
Sur le volet fiscal pesant sur les très hauts revenus, Lecornu privilégie la retenue. Il a rejeté la << taxe Zucman >> — l’impôt minimal de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros proposé par l’économiste Gabriel Zucman — jugeant cette imposition inopportune. En revanche, il reconduira la << contribution différentielle sur les hauts revenus >> mise en place en 2025 par Michel Barnier, unique gage concédé au Parti socialiste dans le cadre des négociations parlementaires. Un dispositif visant les << holdings patrimoniales >> utilisées par les grandes fortunes pour optimiser leur fiscalité est également en préparation, mais ses contours restent à préciser.
Impact sur la Côte d’Azur : tensions sur un tissu de PME et d’artisans
Pour la Région Sud et particulièrement la Côte d’Azur, ce paquet fiscal suscite des inquiétudes. Le territoire, caractérisé par une densité remarquable de petites et moyennes entreprises, de micro-entrepreneurs et d’artisans — notamment dans le tourisme, le bâtiment et les services à la personne — sera directement exposé à la remontée du seuil TVA. Les chambres de métiers d’Alpes-Maritimes et du Var avancent que 30 à 40 % de leur tissu actif est concerné par ce seuil. Les parlementaires régionaux s’apprêtent à être sollicités pour des consultations d’urgence. Pendant que les géants du CAC 40 respirent avec l’allègement de la surtaxe, les artisans et commerçants azuréens, moteurs de l’emploi local, redoutent une dégradation de leur situation fiscale et une compression de leurs marges déjà réduites.
