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Emmanuel Macron a co-présidé lundi 11 mai 2026 à Nairobi le sommet Africa Forward aux côtés du président kenyan William Ruto, réunissant trente chefs d’État. Cet événement diplomatique majeur marque un tournant stratégique pour la France en Afrique : c’est la première édition d’un sommet de cette ampleur organisée dans un pays anglophone, signalant clairement le recentrage de Paris après son retrait militaire du Sahel. Au cœur des discussions : onze accords Kenya-France signés dimanche 10 mai, dont un projet emblématique de centrale nucléaire confiée à EDF et Framatome, ainsi qu’une critique virulente de la « logique prédatrice » chinoise sur les minerais critiques et terres rares.
Un sommet « Africa Forward » dans un contexte de repositionnement stratégique
Le choix de Nairobi comme siège de cette première édition n’est pas anodin. Traditionnellement, les sommets majeurs réunissant l’Afrique et la France se tenaient dans les anciennes colonies francophones d’Afrique de l’Ouest. Le passage à un pays anglophone illustre l’adaptation forcée de la diplomatie parisienne face à l’effondrement de son influence dans le Sahel. Depuis 2023, les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Gabon ont fragmenté l’architecture héritée de la Françafrique.
Interrogé sur le retrait achevé en 2025 des troupes françaises d’Afrique de l’Ouest, Emmanuel Macron a défendu une lecture pragmatique. « Je suis convaincu que nous devons laisser ces États et leurs dirigeants, même putschistes, tracer leur propre voie », a déclaré le chef de l’État selon Euronews et France 24. Il a précisé : « Lorsque notre présence n’a plus été souhaitée après les coups d’État, nous sommes partis. Ce n’était pas une humiliation, mais une réponse logique à une situation donnée. »
Onze accords Kenya-France et le pari nucléaire d’EDF
Le cœur de cette diplomatie de « reconstruction » réside dans les onze accords signés dimanche. Le plus symbolique concerne une future centrale nucléaire, projet de longue haleine que Paris souhaite voir confié au géant français EDF et à son filiale Framatome. Ce partenariat nuclear entend positionner la France comme acteur technologique incontournable en Afrique de l’Est, face à la concurrence chinoise dans le secteur énergétique.
Les autres conventions couvrent des secteurs stratégiques : modernisation des infrastructures de transport, agriculture durable, enseignement supérieur, recherche scientifique et énergies renouvelables. Le Kenya, pays de 53 millions d’habitants et première économie d’Afrique de l’Est, représente une porte d’entrée vers la région des Grands Lacs.
Le président kényan William Ruto a marqué la volonté d’équilibre diplomatique en déclarant que le Kenya « ne regarde ni vers l’Est ni vers l’Ouest, mais vers l’avant », signalant son refus de choisir entre Pékin et l’Occident.
Macron dénonce la Chine et plaide pour l’autonomie stratégique européenne
Le passage le plus offensif du sommet a visé directement Pékin. Emmanuel Macron a affirmé : « L’Europe défend l’ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert. Sur les minerais critiques et les terres rares, la Chine opère selon une logique prédatrice : elle effectue la transformation chez elle, et crée des dépendances avec le reste du monde. »
Face à la session jeunesse, le chef de l’État a également reposé le diagnostic de la nouvelle relation franco-africaine : « L’Afrique a besoin d’investissements pour devenir plus souveraine. Autrefois, les chefs européens venaient expliquer aux dirigeants africains ce dont ils avaient besoin. Ce n’est plus ce que l’Afrique veut entendre. Et c’est tant mieux, parce que nous, nous n’en avons plus les moyens non plus, si nous sommes honnêtes. »
Macron a également critiqué Washington et Pékin : « Les États-Unis et la Chine sont enfermés dans un bras de fer commercial, sans respect des règles. » Cette formulation cherche à positionner l’Europe comme tiers de confiance dans les arbitrages africains.
Impact pour les entreprises de la Côte d’Azur et la Région Sud
Pour les acteurs économiques azuréens et monégasques, ce sommet représente une opportunité stratégique. Les sociétés régionales implantées au Kenya dans le tourisme de luxe (safari camps premium), la logistique portuaire et les services financiers bénéficieront d’une stabilité diplomatique renforcée. Plus largement, les groupes de la Région Sud actifs dans le nucléaire civil (Bouygues, Vinci en tant que sous-traitant EDF), les infrastructures de transport et l’agroalimentaire pourront capitaliser sur ces nouveaux accords. Le marché kényan, porte d’entrée vers 180 millions de consommateurs est-africains, offre des perspectives durables pour les exportations régionales.
Le succès de ce recentrage africain dépendra cependant de trois variables critiques : la stabilité politique des pays partenaires, la pression concurrentielle de la Chine, de la Russie et des nouveaux entrants (Turquie, Émirats), et la capacité réelle des entreprises françaises à transformer les accords-cadres en projets opérationnels.
